Dans l'enquête européenne sur l'usage des TIC dans les entreprises de 2025, menée au Luxembourg par le STATEC, 65,4 % des entreprises luxembourgeoises de 10 salariés et plus déclarent n'utiliser aucune technologie d'intelligence artificielle, contre 79,1 % dans l'Union européenne. Parmi elles, 10,1 % de l'ensemble des entreprises ont envisagé l'IA sans la mettre en place, et l'enquête leur demande pourquoi. Le manque de compétences arrive en tête, cité par 7,9 % des entreprises, devant le flou sur les conséquences juridiques (5,6 %), la crainte d'une atteinte à la protection des données (5,5 %) et le coût (4,0 %). Nous avons publié le 17 octobre ce que l'enquête dit de l'adoption ; voici ce qu'elle dit des entreprises qui ne l'ont pas faite.
Les faits
- La table isoc_eb_ai d'Eurostat (mise à jour du 15 juin 2026, consultée le 17 octobre) compte 65,4 % d'entreprises luxembourgeoises sans aucune technologie d'IA en 2025, après 75,2 % en 2024 ; la moyenne de l'UE est de 79,1 %. La part des entreprises qui ont envisagé l'IA sans l'utiliser passe de 7,9 % à 10,1 % en un an (11,1 % dans l'UE).
- Les freins sont mesurés en pourcentage de l'ensemble des entreprises, réponses multiples, auprès de celles qui ont envisagé l'IA (table du STATEC pour la structure du questionnaire et le détail par secteur 2024). Au Luxembourg en 2025 : manque de compétences 7,9 % (UE 7,8 %), flou sur les conséquences juridiques 5,6 % (5,9 %), protection des données 5,5 % (5,8 %), disponibilité ou qualité des données 4,6 % (4,8 %), incompatibilité avec les systèmes en place 4,0 % (4,6 %), coût 4,0 % (4,2 %), considérations éthiques 3,4 % (2,7 %), technologies jugées inutiles 1,8 % (2,0 %).
- Les entreprises qui utilisent l'IA se la procurent d'abord sous forme de logiciels commerciaux prêts à l'emploi : 19,3 % de l'ensemble des entreprises luxembourgeoises en 2025, contre 6,5 % pour des systèmes développés ou modifiés par des prestataires, 5,5 % pour des logiciels libres modifiés en interne, 5,1 % pour des développements maison et 4,9 % pour des logiciels commerciaux modifiés en interne (table du STATEC pour 2024). L'enquête est menée par le STATEC auprès des entreprises de 10 salariés et plus de l'économie marchande non financière (fiche méthodologique) : 2 504 entreprises interrogées, 2 077 réponses exploitées.
Une entreprise sur dix a envisagé l'IA sans la mettre en place, et cite d'abord les compétences
Rapportés aux 10,1 % d'entreprises qui ont envisagé l'IA, les freins se lisent autrement : près de huit sur dix citent le manque de compétences, un peu plus d'une sur deux le flou juridique et la protection des données, quatre sur dix le coût. Ces parts sont calculées par nous à partir des deux chiffres d'Eurostat, et une entreprise peut cocher plusieurs raisons. Le classement luxembourgeois est le même que le classement européen, avec une différence : les considérations éthiques pèsent davantage au Luxembourg (3,4 % contre 2,7 %), le coût et l'incompatibilité technique un peu moins.
| Frein | Luxembourg | Union européenne |
|---|---|---|
| Manque de compétences | 7,9 % | 7,8 % |
| Flou sur les conséquences juridiques | 5,6 % | 5,9 % |
| Protection des données et vie privée | 5,5 % | 5,8 % |
| Disponibilité ou qualité des données | 4,6 % | 4,8 % |
| Incompatibilité avec les systèmes en place | 4,0 % | 4,6 % |
| Coût jugé trop élevé | 4,0 % | 4,2 % |
| Considérations éthiques | 3,4 % | 2,7 % |
| Technologies jugées inutiles | 1,8 % | 2,0 % |
Les entreprises qui ont franchi le pas achètent l'IA prête à l'emploi
Sur les 33,6 % d'entreprises luxembourgeoises qui utilisent l'IA, 19,3 % de l'ensemble des entreprises l'emploient sous forme de logiciels commerciaux prêts à l'emploi, un abonnement ou une fonction intégrée à un outil existant. Les développements maison (5,1 %) et les systèmes conçus par des prestataires (6,5 %) restent minoritaires. Les technologies les plus répandues le confirment : 25,0 % des entreprises analysent du texte avec l'IA, 14,2 % génèrent des images, des vidéos ou du son, 13,9 % génèrent du texte, de la parole ou du code, 13,0 % convertissent la parole en texte. L'apprentissage automatique pour l'analyse de données (6,6 %) et la reconnaissance d'images (4,4 %) viennent loin derrière.
Les finalités déclarées suivent la même logique. L'IA sert d'abord à l'organisation des processus administratifs ou à la gestion (9,2 % des entreprises, contre 6,2 % dans l'UE), à la sécurité informatique (5,9 %), à la comptabilité et à la finance (5,7 %), à la recherche et développement (5,6 %). Le marketing ou la vente, à 5,7 %, est la seule finalité où le Luxembourg se situe sous la moyenne européenne (6,9 %), comme nous l'écrivions dans notre article du 17 octobre.
Ce que l'enquête mesure, et ce qu'elle laisse de côté
La question des freins n'est posée qu'aux entreprises qui ont envisagé l'IA. Les 55 % d'entreprises luxembourgeoises qui ne l'utilisent pas et ne l'ont pas envisagée ne disent rien de leurs raisons : l'enquête ne permet pas de savoir si elles n'en ont pas l'usage, si elles n'ont pas eu le temps de regarder ou si personne ne leur a posé la question. Les freins sont déclarés, à choix multiples, sans hiérarchie demandée à l'entreprise : le classement vient des fréquences, pas d'un ordre de priorité exprimé.
Le périmètre reste celui des entreprises de 10 salariés et plus de l'économie marchande non financière : ni les très petites entreprises ni le secteur financier n'y figurent. Enfin, la hausse de la part d'entreprises ayant envisagé l'IA sans l'adopter, de 7,9 % à 10,1 %, peut se lire de deux façons, davantage d'entreprises ont regardé, ou davantage ont renoncé ; l'enquête ne tranche pas.
Quatre repères pour une entreprise qui a envisagé l'IA sans la mettre en place
Les repères ci-dessous relèvent de notre pratique ; l'enquête n'en formule aucun.
- Compétences. Le frein le plus cité se traite en quelques jours de formation sur les tâches réelles des équipes, avec les outils ouverts devant elles ; le cofinancement de l'État couvre 15 % des dépenses de formation et 35 % des frais de salaire de certains participants.
- Droit et données. Deux freins sur quatre portent sur le cadre : une règle d'usage écrite, qui dit quelles données ne doivent jamais entrer dans un outil et qui valide une production, répond à la plupart des situations ; les données qui doivent rester en Europe relèvent d'un chatbot hébergé en Europe.
- Coût. Les entreprises qui utilisent l'IA l'achètent prête à l'emploi : les abonnements déjà payés, suites bureautiques comprises, contiennent souvent les fonctions nécessaires à un premier usage, avant tout développement.
- Utilité. Pour une entreprise qui juge les technologies inutiles, deux tâches testées pendant un mois, avec le temps passé et la qualité mesurés avant et après, donnent une réponse plus sûre qu'une comparaison avec la moyenne européenne.
Ces repères ne disent pas qu'une entreprise doit utiliser l'IA. Ils disent que les quatre freins les plus cités ont chacun une réponse connue, et que la réponse dépend de l'entreprise, de ses données et des tâches qu'elle veut confier à un outil.
Le regard d'AIxH
Les entreprises qui citent le manque de compétences sont celles que nous rencontrons en formation : les outils sont souvent déjà présents, en abonnement ou dans la suite bureautique, et personne n'a pris une journée pour apprendre à s'en servir sur ses propres dossiers. Nos formations IA se tiennent en présentiel, à Differdange ou chez le client ; quand le frein est juridique ou porte sur les données, notre service d'intégration de ChatGPT et Claude configure les assistants avec les données exclues écrites noir sur blanc, et le chatbot souverain européen répond aux organisations dont les documents doivent rester en Europe. Le coût, troisième frein, se discute une fois les deux premiers levés : il est rarement celui que l'entreprise imaginait.
