Selon l'enquête européenne sur l'usage des TIC dans les entreprises de 2025, menée au Luxembourg par le STATEC, 33,6 % des entreprises luxembourgeoises de 10 salariés et plus utilisent au moins une technologie d'intelligence artificielle, contre 19,9 % dans l'Union européenne. Le pays se classe cinquième des 27, derrière le Danemark, la Finlande, la Suède et la Belgique. Sur un usage précis, il passe sous la moyenne : 5,7 % des entreprises utilisent l'IA pour le marketing ou la vente, contre 6,9 % dans l'UE et 9,1 % en Belgique comme en Allemagne. Les entreprises luxembourgeoises ont adopté l'IA plus vite que leurs voisines ; elles l'appliquent encore peu à la relation avec leurs clients.

Les faits

  • La table isoc_eb_ai d'Eurostat (mise à jour du 15 juin 2026, consultée le 17 octobre) donne pour 2025 : 33,6 % des entreprises luxembourgeoises de 10 salariés et plus utilisent au moins une technologie d'IA, 22,2 % en utilisent au moins deux, 13,9 % une technologie qui génère du texte, de la parole ou du code. Les moyennes de l'UE sont de 19,9 %, 13,0 % et 8,8 %. Un an plus tôt, le Luxembourg était à 23,7 % ; la série du STATEC donne 13,0 % en 2021 et 14,4 % en 2023.
  • Par taille, 30,5 % des entreprises luxembourgeoises de 10 à 49 salariés utilisent l'IA (17,0 % dans l'UE), 43,7 % de celles de 50 à 249 salariés (30,4 %) et 58,0 % de celles de 250 salariés et plus (55,0 %). Pour le marketing ou la vente, les parts luxembourgeoises sont de 5,1 %, 7,3 % et 12,3 %, contre 5,8 %, 10,8 % et 20,9 % dans l'UE : l'écart avec l'Europe se creuse avec la taille de l'entreprise.
  • L'enquête est menée par le STATEC auprès des entreprises de 10 salariés et plus de l'économie marchande non financière (fiche méthodologique) : questionnaires envoyés le 5 mars 2025, dernier questionnaire reçu le 2 octobre 2025, 2 504 entreprises interrogées, 2 077 réponses exploitées, soit 83 %. Les entreprises de moins de 10 salariés et le secteur financier n'en font pas partie.

Cinquième en Europe pour l'adoption, dans la seconde moitié du classement pour l'usage commercial

Eurostat retient sept familles de technologies : analyse de texte, reconnaissance vocale, génération de langage ou de code, reconnaissance d'images, apprentissage automatique, automatisation de flux de travail et machines autonomes. Une entreprise compte dès qu'elle déclare en utiliser une. Sur ce critère, le Luxembourg se tient dans le groupe de tête avec les pays nordiques, la Belgique et les Pays-Bas, loin devant l'Allemagne (26,0 %) et la France (18,2 %). L'usage pour le marketing ou la vente est mesuré à part, par la finalité déclarée. Le Luxembourg y est devancé par quatorze États membres, et la Finlande, en tête, affiche 15,8 %.

Entreprises de 10 salariés et plus utilisant l'IA en 2025 (Eurostat, en % des entreprises)
PaysAu moins une technologie d'IAIA pour le marketing ou la vente
Danemark42,0 %11,4 %
Finlande37,8 %15,8 %
Suède35,0 %14,6 %
Belgique34,5 %9,1 %
Luxembourg33,6 %5,7 %
Pays-Bas33,2 %12,3 %
Allemagne26,0 %9,1 %
France18,2 %non publié
Union européenne19,9 %6,9 %

Les PME luxembourgeoises adoptent plus vite que leurs homologues européennes, les grandes entreprises moins

L'avance du Luxembourg vient de ses PME. Les entreprises de 10 à 49 salariés sont à 30,5 % contre 17,0 % dans l'UE, celles de 50 à 249 salariés à 43,7 % contre 30,4 %. Au-delà de 250 salariés, l'écart disparaît presque (58,0 % contre 55,0 %). Sur le marketing ou la vente, le rapport s'inverse : les grandes entreprises luxembourgeoises sont à 12,3 % quand la moyenne européenne de leur catégorie atteint 20,9 %. C'est là que se concentre le retard du pays.

Le détail par secteur n'est disponible que pour 2024, dans la série du STATEC : 48,7 % des entreprises de l'information et de la communication utilisaient au moins une technologie d'IA, 37,5 % des activités spécialisées, scientifiques et techniques, 27,1 % de l'industrie manufacturière, 20,2 % du commerce, 19,1 % de la construction, 14,5 % du transport et de l'entreposage, 6,8 % de l'hébergement et de la restauration. Les chiffres 2025 par secteur ne sont pas encore publiés.

Ce que l'enquête mesure, et ce qu'elle laisse de côté

L'enquête compte des entreprises qui déclarent utiliser une technologie, sans mesurer l'intensité de cet usage, le budget engagé ni les résultats obtenus. Une entreprise dont trois collaborateurs rédigent avec un assistant conversationnel et une entreprise qui a réorganisé son service client autour de l'IA pèsent le même poids. La hausse de 23,7 % à 33,6 % en un an dit que l'IA est entrée dans davantage d'entreprises ; elle ne dit pas ce qu'elle y change.

Le périmètre pèse aussi sur la lecture. Les entreprises de moins de 10 salariés sont exclues, et le secteur financier, qui occupe une place particulière dans l'économie luxembourgeoise, n'est pas couvert par cette enquête. Pour le marketing ou la vente, la finalité est déclarée par l'entreprise ; l'enquête ne précise ni les outils employés ni les tâches concernées, de la rédaction d'une publicité à la qualification d'un prospect. Pourquoi cet usage reste moins répandu au Luxembourg qu'ailleurs, les données ne le disent pas.

Quatre repères pour un dirigeant luxembourgeois

Les repères ci-dessous relèvent de notre pratique ; l'enquête n'en formule aucun.

  • Situer son entreprise. Avec 30,5 %, 43,7 % et 58,0 % selon la taille, une entreprise qui n'utilise aucune technologie d'IA fait désormais partie de la majorité pour les PME, et de la minorité au-delà de 250 salariés.
  • Regarder l'usage commercial. Moins d'une entreprise sur quinze au Luxembourg applique l'IA au marketing ou à la vente. Une entreprise qui le fait avec méthode se compare donc à peu de concurrents locaux, à condition de disposer de données clients propres et d'un suivi des demandes de contact.
  • Écrire la règle d'usage. Les usages existent souvent avant la décision de l'entreprise. Une règle écrite dit quels outils sont autorisés, quelles données ne doivent jamais y entrer et qui valide une production avant qu'elle sorte.
  • Former les équipes concernées. Le cofinancement de l'État couvre 15 % des dépenses de formation et 35 % des frais de salaire de certains participants ; nous en avons détaillé les conditions dans un article précédent.

Les comparaisons entre pays donnent un ordre de grandeur, pas une consigne. Une entreprise de la construction et un cabinet de conseil n'ont ni les mêmes tâches à confier à l'IA ni les mêmes données à protéger. Le chiffre utile est celui que l'entreprise mesure elle-même : ce que l'IA change au temps passé, à la qualité d'une production ou au nombre de demandes de contact.

Le regard d'AIxH

Nous formons des équipes luxembourgeoises à l'IA depuis 2024, en présentiel, comme pour la Fondation Cancer Luxembourg ou pour Becolux ce mois-ci. Ce que nous voyons dans les salles rejoint l'enquête : les outils sont déjà là, l'usage encadré et relié à un résultat l'est moins. Nos formations IA partent des tâches réelles des participants, et notre service d'audit et intégration IA prend la suite quand une entreprise veut configurer des assistants sur ses propres documents. Pour l'usage commercial, le point de départ reste le même qu'en publicité ou en référencement : des données clients propres et une mesure des demandes de contact, avant tout outil.

Un tiers des entreprises luxembourgeoises utilisent l'IA, mais 5,7 % seulement pour le marketing ou la vente

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